Marie THAMIN

monotypes

monotypes

Je travaille sur des compositions minimales, des arrangements construits avec des formes simples que je voudrais être des moments de pause. Ici des silhouettes d’architectures, fantomatiques mais présentes, qui restent identifiables et semblent libérées, sans pesanteur, un peu hors du temps et qui s’invitent sans imposer plus qu’il ne faudrait leur présence. Forme et fond ne s’opposent pas de manière tranchée, mais conjuguent discrètement leurs qualités de lumière et de matière, comme par transparence. Des décors quotidiens qui paraissent inaccessibles et qui flottent dans l’espace comme des moments d’oubli suspendus. Un monde de proximité qui se dérobe à nous et qui renonce à toute explication.
J’utilise la technique du monotype, qui est un procédé d’impression à tirage unique, qui consiste à encrer directement un support, que j’imprime par pressage manuel ou mécanique sur un papier épais au fond préalablement préparé.
Alors je dois laisser les formes prendre vie, trouver les vibrations entre les couleurs d’une façon aléatoire et singulière dans un jeu de clair-obscur, et surtout m’arrêter à temps, pour garder les transparences et leur poésie quelque peu énigmatique.

arrangement en jaune et blanc I - 100X70
5 éléments I - 70x100
arrangement II - 70X50
arrangement en rouge et blanc I - 100X70
arrangement en blanc et jaune I - 100X70
arrangement en blanc et jaune II - 100X70
blockhaus XV - 50x50
arrangement en jaune et bleu II - 70x50
arrangement en rouille et noir II - 100X70
arrangement en jaune et blanc VI - 100X70
arrangement en jaune et blanc V - 100X70
arrangement II - 100X70
blockhaus XII - 50x50
blockhaus VIII - 70x50
arrangement en jaune et bleu I - 70x50
arrangement en jaune et vert I - 70x50

Marie Thamin en trompe-l’oeil

Cela dans l’espace indécis où se fondent l’ombre et la lumière est-ce émergence ou dilution, forme encore ou déjà se précisant, mais dont les plans ne se distinguent que modérément de l’espace dans lequel ils se tiennent ? D’être ainsi peu tranchée la forme a une présence subtile, qui ne s’impose pas comme c’est le cas quand traditionnellement l’objet, le motif, est mis en vedette, mais qui est d’autant plus prégnante. Cela ne se donne pas dans le choc de l’évidence, mais se propose à l’accueil, comme porté discrètement, modestement, dénué de tout spectaculaire.
Toute image est trace de l’objet par la médiation d’un regard et traces sont ces objets en leur apparition/disparition : demi-mesure de la présence, présence qui se refuse autant qu’elle se donne. La peinture, même qui à l’évidence se voue encore à la représentation d’objet, figure l’absence de l’objet. Toute image est un substitut et la peinture en se donnant elle-même comme objet prend la place de l’objet ; elle est objet même, objet de l’absence d’objet. La trace est concrète, certes, mais elle comble un vide. Elle est signe que se fait une mémoire. Elle est empreinte, réalité de l’absence. Or en ses œuvres Marie Thamin cultive cet art particulier de l’empreinte qu’est le monotype, trace unique par impression d’un travail de peintre qui est intervenu sur un support dont l’application a inversé le motif et altéré la matière. Ainsi est médiatisé le geste d’origine, dont seule la trace est accueillie par la feuille qui en subit l’impression. A ceci près que la méthode de Marie Thamin est plus complexe : si le jeu du monotype est constitutif de son travail il est complété par une peinture directement apposée sur la feuille définitive, soit au préalable soit en complément.
Qu’on ne s’étonne pas si d’un tel redoublement du jeu présence/absence c’est de la mélancolie qui rayonne, nous entraînant à une rêverie d’ondes troubles et fluctuantes. Et cela ( de telles demeures inhabitées, inhabitables ), qui paraissait calme, anodin quasiment en son apparence si peu matérielle et son traitement si tendre, affirme une étrangeté quelque peu inquiétante. Ici se fait une ouverture sur les profondeurs de l’intime en lesquelles toute œuvre digne de ce nom prend racine, s’affirme en trompe-l’œil à rebours de toute idée reçue.

Gilles Plazy (extraits)

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